Connaissez-vous le Dicthographe ?

Le Dicthographe est un dictionnaire qui aide à trouver les mots. Ce journal de bord relate sa progression et les prolongements qu'il suscite.

dimanche 30 août 2015

Resaler ou ressaler ? Resortir ou ressortir ?

 Devant un mot commençant par s, la logique veut que l'on écrive re- et c'était ainsi au 16ème siècle. Mais la "règle" qui veut que l'on écrive "ss" entre deux voyelles pour obtenir le son [s] s'est imposée : ressaisir, ressasser, ressembler, ressentir, resserrer, ressortir,... Cependant l'observation des graphies dans les textes contemporains et les créations récentes montrent que l'usage vivant est l'absence de redoublement. CNRTL

 Voir l'étude détaillée de cette règle : Mots et sons, études grapho-phonétiques.
 Ainsi, on constate deux graphies pour plusieurs verbes. À découvrir dans le Dictho.

jeudi 27 août 2015

Reporteuse, reporteure ou reportrice ?

 L’appellation "reporteuse" est utilisée dans le domaine de l’imprimerie. L’appellation "reportrice" est utilisée dans le domaine journalistique. La forme reportrice est le féminin de reporteur, forme francisée et recommandée de l’emprunt à l’anglais reporter. Office québécois de la langue française

 Le mot anglais reporter « celui qui fait un rapport, un récit » d'où « celui qui recueille des informations pour les publier dans un journal, un journaliste » est issu de l'ancien français reporteur « rapporteur ». CNRTL

 Le gouvernement du Québec est pris en flagrant délit de féminins mélioratifs avec "reporteure" (appellations d'emploi pour les journalistes).

Répliquer et se répliquer : le point de vue de l'Académie française

  Le verbe se répliquer est généralement expliqué par "subir une réplication" (pour une molécule ADN), ce qui ne nous avance guère, ou "se reproduire", ce qui me semble imprécis. J'opterais pour "se copier soi-même". Quel est votre avis ? Peut-on formellement le rattacher à répliquer ? Ou directement à pli ?
 Avec mes remerciements.

  Cher Monsieur,
  La réplication de la molécule d'A.D.N. fait intervenir de nombreux acteurs moléculaires. L'A.D.N. ne se copie pas lui-même ; ce sont les polymérases, aidées d'amorces, de ligases, d'hélicases... qui effectuent cette copie. Dans l'état actuel des connaissances, les seuls acides nucléiques pourvus d'une activité catalytique, et donc potentiellement capables de copier une molécule, sont les ribozymes. La phrase "l'A.D.N. se réplique en phase S" est donc employée comme un raccourci, mais il serait plus juste d'écrire "Les polymérases répliquent l'A.D.N. en phase S".
  La définition "subir une réplication" se place du point de vue du brin matrice. On trouve également la glose "produire par réplication", qui met l'accent sur le résultat. Dans les deux cas, il faut se reporter à l'article Réplication, "produire une copie d'un brin d'A.D.N. ou d'A.R.N.", et aux dictionnaires spécialisés pour connaître les détails.
  Ce sens technique de répliquer vient de l’anglais scientifique to replicate dont l’étymologie est similaire à celle du verbe français : plier en arrière, puis répondre à un argument.  Plier n’est plus vraiment compris dans ce sens aujourd’hui. L’une des significations actuelles de Réplique est « l’action de reproduire, de redoubler, de reprendre à l’identique » et par métonymie, le résultat de cette action. Il apparaît dans la 4ème édition du dictionnaire de l’Académie française (1792), en musique : « signifie répétition, et se dit des octaves, parce qu’elles sont regardées comme n’étant proprement que la répétition du son dont elles sont les octaves. » On peut imaginer qu’il s’agit là de l’articulation entre la réplique, de théâtre par exemple (réponse), et celle de la peinture (copie), qui mena bien plus tard à la copie ou réplique de la molécule d’A.D.N.
  Cordialement
  M.A.
  Service du dictionnaire de l’Académie française

mercredi 26 août 2015

Les fautes de Ça m'intéresse Histoire

 Voici mes observations concernant le magazine Ça m'intéresse Histoire (septembre, octobre 2015) :
 J'ai relevé deux fautes d'accord : "d'autre font" (page 23), "loué par les poètes et croqués par les peintres, le sexe des femmes" (page 16). À cette même page, une curieuse expression "Rapté parfois lorsqu'il se refuse", le verbe rapter étant parfois utilisé au sens de kidnapper, peut-être pour éviter la référence au chevreau, c'est-à-dire l'enfant (kid).
 J'ai aussi remarqué "sans délais" (page 16). Le pluriel ne se justifiant pas, j'y vois une nouvelle influence de la graphie irrégulière "relais" (lire : Un relai ou un relais ?).
 Donc, peu de fautes par rapport à la densité textuelle, la lecture s'étant révélée agréable et intéressante.

mardi 18 août 2015

Un relai ou un relais ?

 Il est évident, comme l'Académie française l'a recommandé en 1990, qu'il convient d'écrire un relai quand cela correspond au verbe relayer, comme un balai (balayer), un déblai (déblayer), un délai (délayer), un essai (essayer), un étai (étayer), un frai (frayer), gai (égayer), un remblai (remblayer).
 Alors pourquoi cette graphie s'est-elle tellement répandue que l'on voit de plus en plus souvent, par influence, un "déblais", un "délais", un "remblais" et même un "balais" (les correcteurs automatiques étant généralement inefficaces pour les accords) ?
 Le mot relais correspond au verbe se relaisser qui signifie s'arrêter, prendre séjour, et pour un animal poursuivi et épuisé, s'arrêter, se tapir dans les broussailles. On écrit donc un relais pour un vide qu'on laisse dans les ouvrages de tapisserie, lorsque, au cours du travail, on change de couleur ou de figure, ou un terrain abandonné par les eaux courantes ou par la mer.
 Nonobstant l'incrustation durable de cette confusion, il n'y a aucune difficulté à écrire un relai pour une harde de chiens placés en réserve sur les voies habituelles de refuite des animaux, des chevaux sur une route de poste pour remplacer les chevaux fatigués, la distance à parcourir avant de procéder à ces remplacements, le lieu où l'on procède à ces remplacements, une auberge, un hôtel où l'on s'arrête pour couper un long parcours et se remettre des fatigues d'un voyage. Ainsi que pour le sport et le travail réalisés par une succession de participants.
 L'orthographe relai facilite la compréhension même si l'origine du verbe relayer a peut-être un rapport avec laisser.
 Curieusement, ces définitions sont regroupées à l'orthographe relais (1?) dans le dictionnaire Littré, lequel avait pourtant distingué un relai, la seconde eau que le saunier fait passer sur les sables chargés de sel, et un titre de relai pour donner l'apparence d'une édition nouvelle à une simple émission nouvelle d'un tirage antérieur.

mercredi 12 août 2015

Les refondateurs sont des baratineurs.

 Un peu moins souvent que le mot chaos, on entend à longueur de journée la nécessité de refonder tel parti, l'école, telle institution,... Et chaque verbeux se proclame refondateur, ce qui ne veut rien dire. Comment peut-on sérieusement prétendre re-fonder, fonder à nouveau ?
 Il s'agit évidemment de refondre, de modifier des statuts, un fonctionnement, un ensemble, de remanier, transformer entièrement.
 Donc, c'est bien plus une affaire de fondements plus que de fondations.

lundi 10 août 2015

Le mot du Dictho : râble

 Le mot râble a de nombreuses significations dont les dernières sont dans le registre familier : certains râbles étant munis de dents fixées dans la barre comme les côtes sont fixées sur la colonne vertébrale.

    * A. un râble (= un instrument de fer à long manche de bois qui sert aux boulangers pour remuer les tisons, les charbons dans le four et pour en sortir la braise)
    * râbler (1) (= remuer le feu avec un râble), râbler du plâtre (= en enlever le charbon qui s'y trouve mêlé) [je râble, tu râbles, ils râblent]

    * B. un râble (= un râteau utilisé par l'ouvrier saunier pour extraire le sel de la poêle, en entrainant le minimum de saumure)
    * râbler (2) (= dans les exploitations salines, ramasser avec un outil nommé râble le sel contenu dans la poêle) [je râble, tu râbles, ils râblent]

    * C. un râble (= dans les hauts fourneaux, une sorte de ringard recourbé à son extrémité, avec lequel les ouvriers rapprochent ou divisent les matières, attisent, déplacent ou retirent les combustibles)

    * D. un râble (= une des pièces de bois droites qui traversent les bateaux plats, chalans, pontons carrés, etc. )
    * une râblure (= une entaille faite dans la quille, dans l'étrave ou dans l'étambot et qui sert à implanter les pièces formant le bordé, de manière à avoir une surface lisse et à permettre le calfatage des liaisons)

    * E. un râble (= chez certains quadrupèdes : la partie charnue s'étendant des côtes à la naissance de la queue, particulièrement estimée parce que fournissant les meilleurs morceaux ; les reins, le bas du dos ; le derrière), sur le râble (= sur le dos), sauter, tomber sur le râble de quelqu'un (= lui sauter dessus, l'attaquer, généralement à l'improviste), se mettre quelqu'un sur le râble (= se faire un ennemi)
    * elle est râblée, il est râblé (= pour un animal quadrupède : a le râble épais et court ; pour une personne : est carrée, trapue et vigoureuse ; pour une partie du corps ; est costaude, large, bien en chair ; pour un animal : est gros, bien en chair ; pour une chose : est épaisse, large)
    * se râbler (= devenir vigoureux, épais) [je me râble, tu te râbles, ils se râblent]
    * elle est râblue, il est râblu (= est râblé(e))
    * un(e) râblu(e) ou un(e) râblé(e) (= une personne carrée, trapue et vigoureuse)
    * une râblure (= le fait d'être carré, costaud)

Le mot du Dictho : pouf

 On écrit pouf ! pour évoquer un choc, la chute d'un corps, faire pouf signifiant produire un bruit sourd ou  tomber, d'où pif ! paf ! pouf ! pour évoquer une succession de coups, comme la grêle, patapouf ou badaboum, patatras, pour exprimer un bruit de chute brutale, faire patapouf, faire un grand bruit, et un patapouf pour un enfant ou un adulte gros et lourd, à la démarche maladroite, ou une personne lourdaude, maladroite. Mais on trouve aussi un usage technique concernant une pierre, un grès, un marbre pouf, c'est-à-dire qui rend un son sourd et se désagrège lorsqu'on le frappe.
 On écrit aussi pouf ! pour évoquer un souffle court et gêné, un rire pouffant (qu'on essaie en vain de contenir), une blague pouffante, un pouffement ou une pouffée, et plus souvent pouffer spécialement dans l'expression pouffer de rire.
 On trouve égalementi pouf ! pour évoquer la soudaineté, la brièveté, d'une action, d'où pouf ! pouf ! pouf ! pour évoquer celui qui inhale la fumée de cigarette.
Un pouf est une dette qui reste impayée, ou une banqueroute, une faillite, faire (un) pouf signifie disparaitre sans payer ses dettes, avec la tentation de partir à pouf, sans payer, pour rien.
 D'autres sens sont moins familiers. Un pouf est une sorte de coussin posé sur le sommet de la tête par dessus lequel on dressait et coiffait les cheveux, un ornement de la chevelure ou d'un chapeau en forme de touffe, un rembourrage sur le bas du dos qui faisait bouffer la jupe, ou un arrangement de tissu formant une masse au bas du dos.
 Un pouf peut aussi être un tabouret bas, généralement cylindrique, capitonné, sans bois apparent, pour une ou plusieurs personnes, ou un gros coussin posé sur le sol.
 Dans le registre vulgaire, probablement avec influence de pouffi « bouffi », une pouffiasse ou poufiasse est une insulte destinée à une prostituée ou une femme grosse, laide, vulgaire.
 Découvrez-en davantage dans le Dictho.

dimanche 9 août 2015

Le mot du Dictho : recrue

 Du verbe se recroire, il nous reste les expressions être recru (recrue au féminin) de fatigue, être épuisé, harassé de fatigue, et être recru de douleur, être brisé, submergé par l'excès de douleur.
 Le participe passé du verbe recroître (qui garde toujours son accent circonflexe) a donné une recrue, une levée d'hommes de guerre pour remplacer les manquants dans un régiment, dans une compagnie, d'où un jeune soldat recruté pour faire son service militaire. Le sens s'est étendu à la vie civile.
 Par contre une recrudescence vient du latin crudus « saignant » !
 Découvrez-en plus dans le Dictho.

samedi 1 août 2015

Les fautes du magazine GEO

 Après le relevé des fautes de Ça m'intéresse Histoire (à lire dans La diaphanéité du Dictho), voici mes remarques concernant le magazine GEO de ce mois.
 La crainte d'être catalogué comme réformiste de l'orthographe conduit à des aberrations "whiskies, ferries" (combien de siècles faut-il pour qu'un mot soit considéré français ?) et surtout "gaîté", un archaïsme qui fut pourtant peu utilisé.
 J'ai acquis la conviction que les journalistes utilisent des machines à écrire, ce qui explique l'absence d'accents sur les majuscules dans le corps des articles. Quant aux titres, ces accents apparaissent au petit bonheur la chance, par exemple, sur la couverture, "Écosse" ("Ecosse" dans les pages intérieures) mais "Etats-Unis".
 Je n'ai pas compris dans une publicité "culturesao" et "festivalsao", même si je suppose un rapport avec le Brésil.
 Un bel usage du subjonctif imparfait est malheureusement précédé d'une faute "Quoiqu'ils fissent, ils étaient les plus rapides." On doit écrire "Quoi qu'ils fissent" et "Quoiqu'ils fussent les plus rapides".
 Pour les accords, si l'on admet que les abréviations en -o soient d'abord invariables pour faciliter leur compréhension, elles suivent rapidement la loi du pluriel : ils sont rétros, des jardiniers pros, des restos. On lit donc de plus en plus souvent des couleurs fluos. Par ailleurs, j'aurais préféré lire " ces chemins, efficaces pare-feux".
 Pour terminer, une curieuse façon de régler l'incertitude de l'accord : "un quart des dons sollicités par l'organisation avait été réunis".